Les lions d'Al-Rassan - Guy-Gavriel Kay

mercredi 30 mars 2011
Roman publié originellement en 1995,  ici l'édition française chez J'ai Lu de 2005

Il fallait bien une lecture commune du Cercle d'Atuan pour me pousser à remettre le nez dans un bouquin de fantasy, genre dont j'ai tendance à me tenir à l'écart ces derniers temps (la faute à de gros préjugés sur des poncifs récurrents qui ont sur moi des effets soporifiques). Pourtant, on ne peut pas vraiment dire que Les lions d'Al-Rassan soit un roman de fantasy traditionnel. S'inspirant directement de l'Espagne d'Al-Andalus, Guy-Gavriel Kay (GGK) nous livre ici une espèce de relecture mythifiée et romancée de cette période de l'histoire. En s'affranchissant explicitement du cadre restrictif de l'histoire "officielle", GGK nous rappelle que celle-ci n'est jamais qu'une relecture subjective du passé.

Sous fond de guerres de religion et de tensions politiques, l'histoire nous amène à suivre le destin de Jéhane, jeune femme médecin kindath qui va voir sa vie basculer le jour où elle sauve de justesse un riche marchand de sa ville condamné à la mort. Elle rencontrera rapidement deux des hommes les plus influents de la péninsule, le capitaine jaddite Rodrigo Belmonte et le poète et assassin asharite Ammar Ibn Khairan, qui vont être au coeur des bouleversements qui se profilent dans la péninsule.

GGK mêle avec brio les destins de nombreux personnages, tout en liant ceux-ci à une trame scénaristique solidement construite. Sur ce point rien à redire, on ne peut qu'être en admiration devant la compétence de l'auteur qui arrive à articuler tout ça de façon crédible et sans jamais perdre le lecteur. Si vous êtes comme moi amateur d'intrigues politiques, de coups bas et de retournements de situation, vous allez vous régaler. Saluons également sa capacité à rendre ses personnages crédibles et attachants. GGK nous épargne ici un des poncifs de l'heroic fantasy avec ses personnages très archétypaux : ici chacun d'entre eux a une vraie personnalité et des motivations qui lui sont propres, même si l'on peut regretter qu'ils soient un peu trop "lisses". Rodrigo et Ammar apparaissent par exemple comme de véritables surhommes, donnant l'impression de toujours maîtriser la situation, ce qui finit par être lassant. Les dialogues quand à eux, souvent très riches et plein de sous-entendus, sont un vrai plaisir intellectuel, tout en étant chargés d'émotions. 

Toutefois je dois dire que je n'ai qu'à moitié accroché à ce roman, qui se dévore sans peine malgré ses plus de 700 pages, mais qui m'a aussi déçu sur certains points. En dehors du problème de certains personnages dont j'ai fait mention plus haut, certaines scènes manquent à mon sens de crédibilité et les ficelles sont parfois un peu trop apparentes. Celles-ci ne sont heureusement pas assez nombreuses pour gâcher le plaisir de lecture, mais j'ai quand même roulé les yeux plusieurs fois devant certains passages que j'ai trouvé proprement ridicules. Pour ceux qui ont lu le livre (attention spoilers), je pense notamment à la scène de flirt entre Jéhane et Ammar au début, à la résolution de la scène des deux assassins envoyés par Almalik II pour tuer les fils de Zabira, ou encore à la guérison miracle de Diego grâce à l'intervention du père de Jéhane. Un peu too much à mon sens... Autre défaut, plus mineur cette fois et plutôt une question de goût, ça parle d'amour (pardon, d'Amour) toutes les deux pages. A petite dose ça va, mais là j'ai presque l'impression de lire un livre de romance, et (surprise!) ça n'est pas trop ma tasse de thé.

Au final, un avis mitigé donc. J'ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture et je suis content de voir qu'il est possible de faire "autre chose" en fantasy. Mais n'étant qu'à moitié rentré dans l'histoire (la faute aux défauts mentionnés plus haut), je n'en garderai pas un souvenir impérissable.

4 commentaires:

Olya a dit…

C'est rigolo, moi je trouve que ça parlait plus d'intrigues politiques toutes les deux pages que d'amour (pardon d'Amour) :D Mais c'est peut être parce que je suis plus portée sur les histoires d'amour, que sur les histoires politiques :P

Du coup, forcément, chacun ressens différemment le roman par rapport à ses goûts ^^

lael a dit…

Piuu moi je ne l'ai toujours pas finit XD Je peine "-_-

Heu c'est moi où l'affichage de ton blog est un peu space... Y'a pas de marge à gauche, l'écriture colle au bord de l'écran...

Maëlig a dit…

@Olya Oui ça dépend vraiment de ce que l'on attend du livre je pense. Forcément les trucs qu'on n'aime pas trop sautent aux yeux.

@lael J'ai switché sur un template custom, l'affichage est normal chez moi mais ce que tu me dis m'inquiète. Tu pourrais m'envoyer un screenshot?

lael a dit…

mail envoyé ;)

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