Le K - Dino Buzzati

dimanche 10 juillet 2011
Recueil de nouvelles initialement publié en 1966,  ici l'édition Pocket de 2004

J'avoue avoir abordé ce livre avec une certaine appréhension. Lors de ma première rencontre avec celui-ci, en classe de français, il m'avait beaucoup marqué et j'en gardais un bon souvenir, quoique assez vague. Mais certaines choses appartiennent au passé, et on est parfois déçu quand la redécouverte d'une oeuvre ne provoque pas en nous le même enthousiasme qu'à l'époque. C'est tout le contraire ici. Car non seulement je me suis régalé à la relecture de ce qui est à juste titre considéré comme un chef-d'oeuvre de la littérature fantastique, mais j'ai pu apprécier à leur juste valeur certaines nouvelles qui m'étaient un peu passées au dessus de la tête quand j'étais plus jeune.

Il faut dire que Buzzati cache bien son jeu. Toutes les nouvelles partent d'une situation quotidienne tout à fait banale, et les histoires sont racontées dans un style très simple, épuré, direct. Mais derrière cette simplicité qui n'est apparente, la plupart des nouvelles sont de vrais bijoux d'esprit et d'imagination. Plus d'une fois j'ai refermé le livre après la lecture d'une nouvelle, simplement pour la laisser décanter et réfléchir à ce que je venais de lire. Je conseillerais d'ailleurs à tout lecteur s'attaquant à l'oeuvre de prendre son temps. Avec pas moins de 50 (!) nouvelles, il ne faut surtout pas tout lire d'un coup, sinon on risque l'indigestion et de passer à côté de vraies petites pépites.

L'ensemble foisonne d'idées. On retrouve cependant certains thèmes qui apparaissent cher à l'auteur, tel que l'obsession de la mort et du temps qui passe, l'écriture, ou encore l'innocence de l'enfance. J'aime beaucoup le style et la façon de raconter les histoires de Buzzati, qui oscille entre la formule "classique" si j'ose dire du fantastique (situation familière dans laquelle va être introduite un élément surnaturel) et l'onirisme, voire l'absence totale d'élément fantastique. Difficile de ne pas faire le lien avec le réalisme magique, courant auquel on aurait sans doute rattaché Buzzati s'il était né sur un autre continent.

L'ensemble est évidemment inégal, et certaines nouvelles m'ont laissé indifférent. Mais la plupart sont très réussies, alternativement troublantes et touchantes, et quelques unes entrent même dans mon panthéon personnel, qui rassemble celles dont je me souviens longtemps après les avoir lues. En voici une petite sélection (attention, spoilers) :

Dans Le Défunt par Erreur, un petit peintre voit son avis de décès publié dans le journal. Après s'être plaint au rédacteur en chef, il décide finalement de continuer à se faire passer pour mort, car cela a pour effet de faire grimper les prix sur ses peintures. Mais il va rapidement finir par tomber dans l'oubli, ce qui revient à mourir, pour de vrai cette fois.

Avec L'arme secrète (une vraie nouvelle de SF, pour le coup), Buzzati prouve qu'il peut aussi faire dans l'humour cynique (assez peu présent dans le recueil par ailleurs). Le scénario tant redouté pendant la guerre froide a finit par avoir lieu, et les USA et l'URSS se balancent à la gueule l'arme secrète qu'ils ont tous les deux mis au point en parallèle. Celle-ci consiste en un gaz qui agit sur le cerveau et rallie sa victime à l'idéologie de ses adversaires. Les américains deviennent donc communistes, et les russes capitalistes. On change de costume, et la fête continue!

Dans Pauvre petit garçon!, Buzzati nous montre que nous sommes avant tout des êtres de culture, déterminés par nos environnements. Cette nouvelle m'a rappelé le récit uchronique de Schmitt La part de l'autre.

Chasseurs de vieux imagine une société où se serait développé un fascisme anti-vieux et où ceux-ci seraient férocement poursuivis et tabassés par des bandes de jeunes rappelant les droogs d'Orange mécanique. A la fin d'une longue poursuite nocturne, le chef de la bande a lui-même prit un coup de vieux, et se retrouve pourchassé par ses anciens camarades.

Dans Jeune fille qui tombe... tombe, on assiste à la chute d'une jeune fille du haut d'un grand immeuble. Le sol est si bas, elle a encore bien le temps de profiter de la vie, et puis la vue est si belle d'ici. Mais on finit toujours par se faire rattraper par le temps, à l'atterissage.


Coup de coeur

CITRIQ

1 commentaires:

Calenwen a dit…

J'aime bien l'étiquette de réalisme magique que tu lui colles, je trouve que c'est tout à fait ça ^^

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