Batman: Mad Love and Other Stories - Paul Dini & Bruce Timm

jeudi 23 juin 2011
Comic book publié par DC Comics en 2009

J'ai déjà eu l'occasion de professer ici mon profond amour pour le DC Animated Universe (en particulier Batman The Animated Series, aka BTAS), et autant vous prévenir que vous n'avez pas fini d'en entendre parler (je viens de revoir tout Batman Beyond, la chronique arrive!). Derrière ces chefs-d'oeuvre du dessin animé (oui oui n'ayons pas peur des mots) se cachent deux compères qui sont maintenant reconnus comme des références parmi les auteurs du dark knight : Paul Dini et Bruce Timm. Ce que l'on ne sait pas forcément par contre, c'est qu'en plus d'y avoir puisé leur inspiration, ceux-ci se sont aussi frottés à l'écriture de comics. Le présent ouvrage rassemble l'histoire qui donne son nom au recueil, publiée pour la première fois en 1994, et quelques autres short stories écrites par l'un ou les deux auteurs.

Ne tournons pas autour du pot et commençons tout de suite par le principal, voire le seul, intérêt de l'ouvrage : Mad Love. Cette histoire est l'origin story du personnage d'Harley Quinn, créé deux ans plus tôt par les mêmes auteurs pour BTAS, et qui a connu le succès que l'on sait puisqu'elle a aujourd'hui été intégrée au canon DC de la clique des méchants de Batman. L'histoire en question a plus tard été adaptée en dessin animée dans la série The New Batman Adventures (la suite directe de BTAS), que j'avais déjà vu. Du coup, pas de surprise, mais une relecture détaillée du matériel original.

Comme son nom le suggère, l'histoire raconte la façon dont Harley est tombée éperdument amoureuse du Joker, une passion si puissante et aveugle qu'elle a transformée une psychologue sérieuse en le sidekick du plus grand criminel de Gotham. Une relation à sens unique va se développer, le Joker profitant de la dévotion d'Harley pour la manipuler à son avantage. Dans l'esprit malade et égocentrique du clown tueur, il n'y a guère de place pour autrui. Et c'est bien ce qui rend ce couple pathétique (au sens premier du terme) mais aussi si intéressant, et en fait un très bon ressort dramatique. On alterne entre la sympathie pour le personnage d'Harley qui s'enferme dans cette relation impossible, et le rire face au côté franchement ridicule de la situation. Du coup, si Batman est ici bien présent, il est en retrait par rapport à ces deux personnages. Ça n'est pas tout à fait nouveau (The Killing Joke donnait déjà la part belle au Joker par exemple), mais c'est suffisamment rare pour être salué, et j'aimerais voir plus souvent des personnages secondaires être mis sous les feus de la rampe.

Harley s'imagine déjà passer le reste de sa vie aux côtés du Joker

Je dois dire que le côté très cartoonesque et les couleurs criardes m'ont un peu décontenancés au départ, le trait de Timm étant moins fin que dans BTAS et ayant (il faut bien le dire) prit un petit coup de vieux. Mais au final, ça colle assez bien au personnage loufoque de Harley, et si le dessin n'est pas particulièrement beau, il est en revanche très expressif. Je ne sais pas si c'est le fait d'avoir vu son adaptation à l'écran précédemment, mais je trouve que les auteurs arrivent à insuffler un vrai rythme au fil des cases, en capturant les poses et les mouvements clefs, à la façon d'un storyboard. Un exemple parmi d'autres :

Joker cherche des idées pour un nouveau plan

Par rapport à son adaptation à l'écran (ce dont je m'en souviens en tous cas, puisque je ne l'ai pas revue récemment), la narration est plus libre puisqu'il y est par exemple plus facile de faire des digressions sur les pensées des personnages ou des pages pleines pour les scènes clefs. Le ton y est aussi plus relâché mais reste assez soft, le but ici n'étant pas de faire dans la surenchère de sexe et de violence, ni même dans le franchement noir, ce qui tranche plaisamment avec la tendance actuelle des productions sur Batman. A part ces quelques détails l'adaptation est extrêmement fidèle (et tout aussi excellente). Du coup à chaque fois que je lisais une réplique je ne pouvais m'empêcher d'entendre les voix de Mark Hammill et d'Arleen Sorkin résonner dans ma tête, et je me rends compte à quel point ils ont réussi à incarner ces personnages. Par contre, je précise qu'il n'est ni nécessaire d'avoir vu la série pour apprécier l'histoire, ni même d'être particulièrement familier avec l'univers de Batman : puisque c'est une origin story justement, on part de zéro et le récit se suffit très bien à lui même.

Harley comme vous ne l'avez jamais vue!

Vous l'aurez compris, j'ai été complètement séduit par cette histoire qui met sur le devant de la scène et donne une très bonne origin story à un personnage trop souvent cantonné à un rôle secondaire ou à celui du comic relief. La dimension comique est bien là, mais n'éclipse pas pour autant la portée dramatique de l'histoire, et hisse à mes yeux Mad Love parmi les toutes meilleures histoires de Batman (aux côtés de The Killing Joke et Year One par exemple).

Je ne vais pas m'étendre sur le reste du recueil, qui est clairement un niveau en dessous. Il faut dire que placer ces histoires juste après Mad Love rend la comparaison inévitable, et ne leur est pas flatteuse. La plupart sont bien trop courtes pour développer une véritable intrigue et capter l'attention, et sont globalement assez médiocres. Seules "Puppet Show" de Dini et "Two of a kind" de Timm s'élèvent un peu au dessus du reste. Dans la première, Ventriloquist sort de prison supposément soigné de sa schizophrénie. Il a trouvé un travail dans un spectacle de marionnettes où il anime une grenouille de façon tout à fait innocente. Un élément perturbateur va évidemment survenir et faire resurgir Scarface. Classique, mais efficace. La seconde est assez similaire, puisqu'il s'agit de Two Face qui sort lui aussi de prison soigné, une chirurgienne de talent ayant réussi à lui reconstituer le visage. Ils tombent amoureux l'un de l'autre et vivent une idylle aussi intense que brève. En effet, la chirurgienne a une soeur jumelle qui va s'introduire dans leur vie et faire resurgir la dualité chez Harvey Dent, jusqu'à une scène finale plutôt réussite. Pas de quoi casser trois pattes à un canard, mais sympathique. Mais on ne s'y trompera pas c'est bien sûr Mad Love qui représente (et de loin) l'intérêt majeur de l'ouvrage. Notons pour finir qu'il a été récompensée du Eisner Award (le plus grand prix américain pour les comic books) 1994 du meilleur épisode / histoire, et que c'est amplement mérité.

Et un petit extra pour ceux qui s'intéressent au personnage de Harley (tiré de la série TNBA) :

3 commentaires:

Calenwen a dit…

C'est vrai qu'il a l'air tentant ce Mad Love, l'épisode était pas mal du peu de souvenirs que j'en ai... (et j'ai hâte de voir ton avis sur Batman Beyond ^^)

Spider-Fan a dit…

Très bel article pour une très belle histoire. Pour l'anecdote je l'ai connue à raison de 8 pages par mois, à l'époque où il fut publié en VF dans Batman Magazine en tant que back-up story à suivre... À l'époque (donc bien avant TNBA) je lisais déjà les bulles en m'imaginant les voix de Pierre Hatet et Kelvine Dumour (ah oui moi c'est VF)... Quelle joie, des années après, de voir cela se concrétiser pour de vrai (même si visuellement le changement de design me fit grincer un peu).

Maëlig a dit…

Rooh ouais j'imagine! Bon ça remonte un peu ça maintenant...

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